Chargement en cours

La Coupe d’Afrique des nations va-t-elle revenir à une édition tous les deux ans ? (Par Mahmoudou TOURÉ analyste en gouvernance et diplomatie sportive)

La Coupe d’Afrique des nations va-t-elle revenir à une édition tous les deux ans ? (Par Mahmoudou TOURÉ analyste en gouvernance et diplomatie sportive)

Il y a un peu moins de dix mois, la Confédération africaine de football (CAF), par la voix de son président Patrice Motsepe, annonçait lors d’une conférence de presse à Rabat l’instauration d’une CAN tous les quatre ans à partir de 2028. Selon The Guardian, plusieurs présidents de fédérations africaines de football affirment que cette décision a été prise sans véritable consultation et qu’ils n’en ont eu connaissance que par des rumeurs.

Les arguments avancés pour défendre cette proposition sont notamment les suivants : laisser davantage de temps aux pays pour se préparer, mieux valoriser le produit avec une compétition plus rare, satisfaire les clubs européens, qui se plaignent régulièrement de devoir libérer les internationaux africains tous les deux ans, ainsi que diverses considérations économiques et politiques.

motsepe-1 La Coupe d’Afrique des nations va-t-elle revenir à une édition tous les deux ans ? (Par Mahmoudou TOURÉ analyste en gouvernance et diplomatie sportive)

Le vendredi 9 octobre 2026, lors de la réunion du comité exécutif de la CAF à Sal, au Cap-Vert, Patrice Motsepe a confirmé qu’il réexaminait la possibilité de revenir à une CAN tous les deux ans. Aucune décision définitive n’a toutefois été annoncée.

Il est nécessaire de rappeler la place qu’occupe la CAN dans la vie financière de la CAF. En excluant la billetterie (près de 55 millions de dollars), les droits télévisés et le sponsoring, la CAF a enregistré environ 200 millions de dollars de revenus directs liés au tournoi, soit une hausse de plus de 90 % par rapport à l’édition précédente en Côte d’Ivoire. Les revenus de la CAN sont donc considérables et essentiels au bon fonctionnement de la Confédération africaine : instaurer une CAN tous les quatre ans reviendrait à priver l’instance de ressources majeures.

Rappelons également qu’une CAN tous les deux ans permet à certains États de poursuivre leurs investissements dans le football. Sans ces investissements, ce sport risquerait de disparaître ou de perdre l’ampleur qu’il connaît aujourd’hui sur le continent.

Joie-Senegal-1024x576 La Coupe d’Afrique des nations va-t-elle revenir à une édition tous les deux ans ? (Par Mahmoudou TOURÉ analyste en gouvernance et diplomatie sportive)

Un autre sujet, et non des moindres, mérite d’être souligné : celui de la CAN 2027, qui doit se dérouler en Ouganda, en Tanzanie et au Kenya. Ces pays rencontrent des difficultés dans l’organisation. Des rapports internes de la CAF font état de stades de compétition qui « ne répondaient pas pleinement aux exigences de la catégorie 4 de la CAF » et de lacunes opérationnelles, relevant également que le calendrier de construction initial de 15 mois est incompatible avec les exigences de livraison de la CAN 2027.

La question du rythme de la CAN dépasse largement celle du calendrier sportif : elle engage l’équilibre financier de la CAF, la capacité d’investissement des États et la légitimité de l’instance auprès de ses membres. Passer à une édition tous les quatre ans, sans concertation préalable avec les fédérations, aurait fragilisé à la fois les ressources de la Confédération et la confiance entre ses acteurs. Le réexamen annoncé à Sal montre que la décision n’est pas figée, mais l’absence de décision définitive entretient une incertitude préjudiciable à la planification de tous.

À l’heure où la CAN 2027 soulève déjà des inquiétudes en matière d’infrastructures, la CAF doit faire preuve de transparence et privilégier un processus de consultation réellement inclusif. En matière de gouvernance sportive, la qualité d’une réforme se mesure autant à son contenu qu’à la manière dont elle est construite : c’est à ce prix que le football africain pourra concilier ambition économique, intérêts des clubs et attentes des fédérations et des supporters.

Mahmoudou TOURÉ Analyste en gouvernance et diplomatie sportive

Share this content:

Publier un commentaire

Vous avez peut-être manqué